Nouvelles orientations pour une typologie formelle des séquences fixes
de figures des premiers traités de géomancie arabe.
 
 
Par Jean-Pierre Mouls.
(_Article, nov.-dec. 2004_)
 
Tittle : "New orientations to a structuralist approach in western geomancy, based on R. Jaulin's formal approach improved by functional descriptions based on early Islamic sources and on ethnographic studies of nowadays African geomantic practices, towards a general typology of 'fixed orders of figures' named tasakin." Article in French, by Jean-Pierre Mouls, nov.-dec. 2004.
 
Abstract : The structuralist approach in western geomancy needs to be improved to be of some use in philological studies, i.e. to verify the hypothesis of a functionnal correspondance between early strates of Islamic geomantic texts and later medieval latin treatises. A confrontation of R. Jaulin's theorical models (supposed to be generic models for fixed orders of figures called tasakin in Islamic geomancy) with early writen geomantic sources and with ethnographic studies (about functionnal descriptions of nowadays geomantic practices using tasakin), shows that Jaulin's theory (even enlarged to more than three generic formal models of fixed orders of figures) is not powerfull enough to describe each particular "taskin" even among very ordinary secular tasakin. But this formal and incomplete description could remain as a central shell of a general theory able to be efficient enought as a general classification of the tasakin, improved by the enrichment of functional descriptions to become congruent enough to frequently encontered tasakin, in order to be validated as an effective tool for the comparatism of geomantic sources...

Résumé : De nouvelles orientations pour une analyse structurale de la géomancie et notamment la description formelle des séquences fixes de figures (ou "tasakin") encore utilisées comme grilles de lecture fonctionnelles dans l'interprétation divinatoire, devraient pouvoir être élaborées à partir des travaux de Robert Jaulin en y intégrant contributeurs et critiques, et validées en classes descriptives réellement opérationnelle à l'aune des premiers traités géomantiques arabes, à la lumière des descriptions fonctionnelles issues de l'ethnographie, incluant de nombreuses témoignages sur des pratiques géomantiques africaines de transmission orale plus ou moins proches d'un prototype arabe dont les traités circulent parfois encore en parallèle de la pratique divinatoire.Pour un outil comparatiste une classification des tasakin serait interessante à établir, chaque taskin étant unique et associé au nom d'un auteur historique....
 
 
 
PLAN :
 
 
 

 
 
L'étude comparatiste des traités de géomancie d'origine arabe a été inauguré au XIXé.s. par une double collaboration, celle de l'historien des sciences Paul Tannery et de l'orientaliste Carra de Vaux dans les années 1880 (Le Rabolion, in Mémoires Scientifiques de Paul Tannery, T.IV, 1920), laquelle a permi de jeter les fondations d'une étude philologique et historique des
traités de géomancie (art divinatoire apparenté à une "astrologie terrestre"), démontrant, à partir de l'étude comparée des premiers traités de "science du sable" (dès le IX è.s.) que ce corpus de textes magiques et divinatoires est bien d'origine arabe.
 
Tannery a en effet confronté les sources en arabe (i.e. le Traité de Zénati) ou persan avec d'autres sources écrites en turc, en hébreux, ou en grec byzantin _ identifiant dans le néologisme byzantin "rabolion" la translitération du mot arabe "ilm al raml"_ et avec celles des premières traduction latines médiévales de l'école de Tolède (XII et XIIIè.s.), avec l'Ars Geomancie d'Hugues de Santalla, ou la Geomancia Nova, qu'il faudrait aujourd'hui attribuer à Gérard de Crémone (le traducteur des oeuvres d'Aristote) selon Thérèse Charmasson dans sa philologie comparatiste des traités médiévaux (thèse de 1980), quand Tannery n'écartait pas l'hypothèse de l'attribution à Hugues de Santalla.Ce n'est qu'à partir de l'Ars Geomantiae d' Hugues de Santalla que le terme de géomancie sera requalifié pour désigner ce nouveau système arabe. Le mot géomancie est issu de l'ancienne classification élémentaire de Varron (classification selon les quatres éléments des arts divinatoires ; pyromancie, hydromancie, aéromancie, et géomancie) et qualifiait jusqu'alors un ancien système divinatoire basé sur les observations telluriques. Ce mot de géomancie renouvelé sera finalement adopté par l'usage pour désigner tous les traités d'Ars punctatura médiévale qui seront traduits par la suite ; depuis l'arabe, le persan ou l'hébreux (i.e. f°11. du Ms. fr. 14778, Bnf), en latin médiéval ou en langue vulgaire. C'est par contre le mot "rabolion" qui s'imposera en grec byzantin (i.e. le f°189v° du ms. gr. 2424 de la BnF)...


A partir du XVIè.s. les textes foisonnent, sous la forme de traités de géomancie latine souvent recompilés à partir des mêmes sources, et se voient imprimés et traduits dans presque toutes les langues européennes (Cornelius Agrippa, Gérard de Sabionetta, Jean de La Taille De Bondaroy, Robert Fludd, De Perruchio, etc. ). Le mot pour désigner les traités de géomancie varie selon les langues ; ainsi il donnera "catalamara" en espagnol, "punktierkunst" en allemand, "geomancy" ou "geomance" en anglais, et "géomancie" ou "geomance" en français ; ainsi dans la "geomance de Cattan", imprimée à Paris et à Lyon dès le milieu du XVIIè.s., puis rééditée un demi siècle après en version anglaise par un certain Sparry, à Londres.
 
(cliquez sur l'image ci-dessous pour en voir un agrandissement)

 

 

Folios 16v°-17 du ms. fr. 2882, BnF/Arsenal, Paris, traité anonyme ( XVIIIè.s.) copié sur la géomance de Cattan, avec des notes physiognomoniques d'après Gérard de Crémone ; _ planches redessinées d'après l'original, par Geomance Editions_.
 


Fort à la mode à en juger par les nombreuses éditions et rééditions de traités géomantiques, sa pratique tombera peu à peu dans l'oubli au XVIIIè. s., non pas tant à cause de l'esprit des lumières, mais bien plutôt à cause du déploiment d'une astrologie populaire enfin libérée du carcan théologique, affranchissement enfin rendu possible par l'influence de la libre pensée des philosophes libertins, quand on sait déja le succès populaire des almanachs astrologiques, sans cesse imprimés et réimprimés au XVIè.s en dépit même d'une certaine autocensure éditoriale _la censure théologique de l'Eglise (catholique) interdisant en effet, sous peine de mise à l'index des almanachs incriminés, les prédictions trop précise.


Curieusement les articles concernant la géomancie (qualifiée de chimérique), seront considérablement réduits à une portion congrue, voire anecdotique, d'une révision à l'autre du Dictionnaire Universel de Furetière, dans un laps de temps de seulement trois ans entre deux éditions.
Sans doûte faut-il y voir l'effet d'une influence rationaliste grandissante, censurant une pratique déjà sur le déclin et sans réelle assise populaire, a-contrario d'une astrologie en plein essor...


Quoiqu'il en soit la vogue de l'astrologie populaire finira par jeter dans l'oubli une pratique élitiste dont les traités ne seront finalement redécouverts par le grand public que deux siècles plus tard, sous l'impulsion des cercles occultistes de l'aube du XXè.s. Entretemps, des missionnaires en Chine découvrant la "Science Naturelle des Chinois" (Feng-Shui) , qualifièrent celle-ci de géomancie par analogie avec le mot qu'il connaîssaient (renouant avec le sens "tellurique"élémentaire de l' étymologie varonnienne).


Des chercheurs contemporain ont poursuivi ce travail comparatiste ébauché par P. Tannery avec l'étude des seuls traités en latin et en langue vulgaire, ainsi Thérèse Charmasson dans sa thèse d'histoire et philologie, Recherches sur une technique divinatoire : la géomancie dans l'occident médiéval, 1979, révèle un domaine foisonnant et très diversifié qui semble avoir fécondé l'imaginaire collectif occidental (influençant par exemple les oeuvres de Chaucer et de Dante) au même titre que l'astrologie ou l'alchimie.
Au champ de recherche considérable embrassé par Tannery, il suffirait presque aujourd'hui de rajouter celui des géomancies africaines _dont on sait aujourd'hui la diffusion considérable_, pour avoir une étude à jour.
Outre les imprimés et manuscrit géomantiques conservés dans les bibliothèques, les observations consignées par des écrivains voyageurs ou des missionnaires témoins de pratiques divinatoires depuis longtemps révolues en Europe_ renseignent encore des ethnologues de la seconde moitié du XXème siècle tels Pierre Verger qui se sont interessé à une géomancie vivante qu'ils ont étudié dans toute l'Afrique et jusqu'au Brésil.
Ansi, rapporte Pierre Verger "Fatumbi", tandis que la pratique géomantique va déclinant dans l'Europe de la fin du XVIè.s., des écrivains voyageurs observent en Afrique des pratiques de géomancie, ainsi De Flacourt à Madagascar, ou le "sikidy", pratique divinatoire géomantique localement assimilée, est sans doûte la dernière trace dans l'héritage culturel oral, d'une occupation arabe de plusieurs siècles antérieure.
 Plus près de nous l'ethnologue Wim van Binsbergen [2] s'est interessé aux géomancies africaines du point de vue de leur généalogie islamique.
Toujours au XXè.s. mais dans les années 60, l'ethnologue Robert Jaulin[3] inaugure avec le mathematicien Robert Ferry un essai d'analyse formelle de la géomancie à partir de son étude de la population tchadienne des Sara, chez qui les géomanciens utilisent encore des copies du traité de Zénati.
Formellement correcte, son analyse mathématique ne concerne en effet que l'un des ordres établi comme grille de lecture (ou "taskin"[1]), choisi comme modèle univoque du système étalon pour l'interprétation d'un thème divinatoire géomantiques (système au repos, canevas ordonné des seizes figures en une séquence fixe) et n'est donc pas généralisable (à l'intérieur même du corpus de texte attribué à Zénati). De là, l'approche structuraliste et sémantique à type de polarités antagonistes des sens oraculaires associés à ces figures est arbitraire et shématique, pour le moins insufisament étayée selon son détracteur des années 70, Marion B. Smith, laquelle dénonce comme abusive la généralisation de son approche structurale qu'elle tente de démonter point par point (pour finir néanmoins par conclure que cette approche, faussement prometteuse, serait à reprendre entièrement).


Dans l'article de Felix Klein-Franke sur une géomancie arabe du XVIè.S. ; "The geomancy of Ahmad B. 'Ali Zunbul, a study of the arabic corpus hermeticum" (Ambix, XX, 1973) ; on trouve à ce sujet d'interressantes précisions, p.34 :
 
"A certain combinaison of Mansions is called a Ship's series (taskin al-markab)....
...Mansions 1, 2, 3, 7, 9, 11, 13 and 15 are bearers of good fortune (sa'id). Mansions 4 and 10 are less favourable, while Mansions 6, 8, 12, 14 and 16 will bring disaster (nahs)...
...If during the sprinkling of the sand, the first figure (tali') belonging to a Mansion of the first group is obtained, that means that the ship will arrive safely at its port of destination ; in the case of a Mansion belonging to the middle group the ship will arrive safely but with considerable delay. But if the figure obtained belongs to the third group of Mansions the ship will founder (yankasiru-l-markab la mahalata)...
By means of special combinations of figures and Mansions it is also possible to foretell whether the travellers are Muslims, Christians or Jews, whether travelling salesmen will sustain gain or loss, etc." [4]
 
Transposons cela sous forme graphique :

LEGENDE :

 

1er groupe de Mansions : favorable (ici en Bleu)

2ème groupe de Mansions : intermédiaire (ici en Vert)

3ème groupe de Mansions : défavorable (ici en Jaune)

Le principe général du procédé (pour l'interprétation divinatoire) que décrit Ali Zunbul consisterait à aligner le taskin choisi (spécifique d'une question particulière) sur cette grille de lecture (ci-dessus), puis à dresser le thème géomantique, dont l'interprétation consistera à comparer la première figure qui apparaît dans la Maison du demandeur (première Maison du thème) avec la case du taskin où cette figure est rangée.De sa position sur la grille ci-dessus on déduit la sentence oraculaire associée ; favorable, mitigée ou défavorable.
 
Il est interessant de comparer ce procédé avec celui suivi par un traité occidental moderne; par exemple à la lecture de l'article navire du "Dictionnaire Géomantique" (XVIIIè.s.).
En géomancie médiévale latine l'emploi des tasakin disparaît dès les premières traductions latine, sans doûte rendus inutiles par une transposition en sentences divinatoires nuancées en fonction du type question ( pour une même figure dans la même position du thème), tandis que la position des figures dans le thème est dorénavant repérée par les 12 Maisons ou domiciles zodiacaux adoptées de l'astrologie (intégration spécifique à la géomancie latine et byzantine, en lieu et place des noms des 12 prophètes de l'Islam employés en géomancie arabe pour désigner les 12ères premières figures du thème).
De la tradition géomantique arabe sont néanmoins conservées les noms de témoin gauche, témoin droit, juge et super-juge ("subjudex" en latin) pour les figures du thème en 13è., 14è., 15è., et 16è. position dans le thème géomantique, ainsi que l'emploi des noms de "mères", "filles", et "nièces" pour désigner les trois premiers tableaux carrés du thème, en une curieuse généalogie féminine conservée par l'usage géomantique arabe et qui évoque probablement, d'après Wim van Binsbergen(*) le lointain souvenir de grandes déesses pré-islamiques, mais de façon si discrète et si peu explicite que cet usage fût également conservé par premiers traducteurs latins à l'insu sans doûte de sa portée symbolique _au contraire de l'usage de la généalogie (patriachale) des prophètes de l'Islam pour désigner les Maisons du thème géomantique...
L'emploi des tasakin est donc spécifique aux géomancies arabes.
L'étude de Jaulin ne concerne qu'un taskin particulier, aux propriétés formelles certes remarquables, érigé en modèle générique généralisable à toute la géomancie. Cette position criticable, son contradicteur Marion B. Smith échoue cependant à l'invalider totalement.
Tout d'abord Marion B. Smith ne trouve rien à redire à la partie analytique mathématique de R. Ferry, ce en quoi elle commet une erreur. En effet une confrontation de la théorie de R.Jaulin et R.Ferry avec chacun des tasakin des sources manuscrites données par P. Tannery (auteur qu'elle qu'elle cite) aurait pû lui permettre de dépister au moins une ommission dans la liste _censée être exhaustive_ des graphes mathématiques donnés par Jaulin et Ferry, et je vais en donner la démonstration sans les paragraphes suivants, mais pour la compréhension, je dois auparavant résumer la démarche d'analyse mathématique de Jaulin.
 
 
LE SYSTEME EN ACTIVITE SELON JAULIN
 
Dans l'édition de 1966 de "la géomancie, analyse formelle", Jaulin transpose en language formel les figures de géomancie, mathématiquement décrites comme "vecteurs binaires de dimmension 4", afin de mettre en évidence les propriétés mathématiques singulières qu'impliquent les rêgles générales de construction d'un thème géomantique (seules quatres premières figures du thème de 16 figures sont données par tirage au sort).
Il met notamment en évidence que les opérations d'addition et de transposition des figures mises en oeuvre dans l'établissement d'un thème géomantique _d'une part la transposition verticale ou lecture horizontale des 4 premières figures pour générer successivement, échelon par échelon, les 4 figures suivantes du thème géomantique, et, d'autre part, l'addition géomantique échelon par échelon des points pairs ou impairs de deux figures pour en générer une troisième (ce qui correspond à une "addition modulo 2", ou bien encore au "ou exclusif" de l'opération XOR, en logique binaire)_ confèrent au "système en activité" une structure de groupe abélien (donnée par construction).
Ceci lui permet ensuite de d'administrer pour la première fois la démonstration formelle des propriétés suivante :
° Par construction, la XVème figure ou "Juge" d'un thème ne peut être que paire (sinon le thème est faux !).
N.B. : Cette propriété est déjà connue des géomancies classiques, ainsi chez Christophe de Cattan (XVIIè.s.) ou encore chez Robert Fludd (XVIIIè.s.).
 
° Par construction, un thème géomantique de 16 figures ne saurait comporter à la fois toutes les 16 figures possibles.
N.B. : Il y a donc toujours au moins une répétition, soit, au plus, 15 figures différentes. Cette occurence est très râre ; _grâce à un algorithme que j'ai spécialement créé en javascript j'ai pû dénombrer tous les thèmes possibles comportant une seule répétition ; j'ai par ce calcul démontré qu'il existe seulement 16 de ces thèmes remarquables, et les ai déjà donné sur cette page au mois d'août 2004 :
CLICK TO SEE ALL THE SETS OF THEMES COMBINATING 15 FIGURES WITHOUT REPETITION
L'un des 4 ensembles de 4 thèmes sans répétition parmi les 15 premières figures.
Les 3 autres ensembles de solutions présentent la même symétrie miroir remarquable.
(Cliquer sur ce shéma pour les découvrir)
N.B. : J'ai omis à dessein la 16è. figure du thème, mais c'est la seule figure qui soit répétée. La seule figure totalement absente du thème est donc Populus, figure dont Jaulin démontre qu'elle est par construction l'élément neutre de l'addition géomantique (envisagée comme loi de composition interne , puisque nous sommes dans un groupe abélien) et que donc sa présence en un point quelconque du thème en activité implique une répétition parmi les 15 premières figures.
 
Après cette présentation du "système en activité" _ou thème divinatoire dressé selon les rêgles de transposition verticale et d'addition géomantique, dont les propriétés données par construction viennent juste d'être évoquées_ Jaulin va décrire les propriétés du système étalon ou "système au repos", système d'interprétation spécifique aux traités de géomancie arabe et qui sert de grille de lecture au précédent.
 
 
LE SYSTEME AU REPOS SELON JAULIN
 
Les arrangements différents possibles de figures fixes sans répétition sont au nombre de !16 (factorielle 16) ; mais seule une infime fraction de ces 20 mille milliards d'arrangements est réellement utilisée à usage de grille de lecture comme "taskin" (plur. tasakin) servant à l'interprétation d'un thème divinatoire.
Jaulin tente de dégager les propriétés structurales et sémantiques de ces tasakin et propose pour cela un "modèle du système au repos" à partir d'un seul taskin dont il examine pas à pas les propriétés formelles pour tenter de les généraliser à toute la géomancie. La théorie de Jaulin laisse malheureusement la place à des critiques méthodologiques ; pour Marion B. Smith, elle est non seulement insuffisamment étayé, mais serait "forgée" (insinue-t'elle), et en tous cas ne rendrait pas compte de la réalité...
La première justification de Jaulin est ethnographique : le modèle qu'il choisi provient de la géomancie des Sara du Tchad, qui semblent effectivement privilégier un taskin particulier, issu du traité de Zénati. D'où l'idée de faire de ce taskin _doté qui plus est de propriétés formelles remarquables_ un modèle générique généralisable à toute la géomancie arabe (c'est à dire à tous les tasakin).
N.B. : Par ailleurs, et c'est important dans la dialectique de Jaulin, l'influence de la géomancie de Zénati semble avoir diffusé _à un moment ou à un autre_ dans toutes les zones de diffusion culturelle de l'Islam, non seulement dans les pratiques divinatoires de transmission orale, mais aussi son traité disséminé dans toute l'Afrique.Ce fait a sans doûte induit Jaulin à vouloir généraliser son modèle, et c'est bien là le grief principal de Marion B. Smith à son encontre.
Dans le chapître Des particularités du système au repos ; a) Les signes et les sommes ; les tableaux carré ; Jaulin part des propriétés de base des figures géomantiques envisagées cette fois-ci d'un point de vue numérologique. Il commence par dénombrer les points pairs ou impairs de chacune des 16 figures possibles en faisant tout simplement la somme des points de chacune des 16 figure de géomancie prise isolément. Voici ce décompte :
 

 


1 figure de somme 4 ;


4 figures de somme 5 ;


6 figures de somme 6 ;


4 figures de somme 7 ;


1 figure de somme 8.

 

Tableau 1






Puis, généralisant à partir de la structure d'un taskin particulier qu'il prend comme modèle du système au repos (l'un des tasakin attribués à Zénati), Jaulin examine ensuite tous les graphes possibles de somme 24 obtenus par cumul des points des 16 figures géomantiques prises 4 à 4 sans répétition, et dresse les sept branches possibles de l'arbre suivant, indexé de (a) à (g) :
 
 

 


(a) 4 5 7 8



(b) 4 6 6 8



(c) 4 6 7 7



(d) 5 5 6 8



(e) 5 5 7 7



(f) 5 6 6 7



(g) 6 6 6 6

 

 

Tableau 2 : graphe des sept branches de somme 24 à partir des 16 figures prises 4 à 4 sans répétition
Remarque importante : Dans le tableau ci-dessus les séquences numériques à l'intérieur des branches sont ordonnées arbitrairement par la contrainte de l'arborescence graphique, le graphe de Jaulin étant construit par dérivation à partir des mêmes racines, avec des troncs communs : ormis cette contrainte de représentation graphique il n'y a pas d'ordre imposé à l'intérieur d'une même branche (cette précision prendra toute son importance plus loin).
 


De là il tente d'en déduire les propriétés formelles générales de tous les autres tasakin, lesquels seraient tous batis, selon lui, sur le même canevas formel que le taskin choisi comme modèle du système au repos ; à savoir, sur des tableaux carrés de somme 24, dont les possibilités combinatoires sont offertes par le graphe ci-dessus dont il se met à explorer les espaces de solutions avec comportant 16 figures sans répétition. Il procède par élimination. Je cite un passage où il va ommettre une possibilité au cours de sa démonstration :


"Pour placer les six figures de somme 6, il reste deux possibilités : gf ou gff ;"(dixit Jaulin)


Cette assertion est fausse car Jaulin omet une troisième possibilité : ff.
Son erreur provoque en echo une sous-évaluation de l'espace des solutions :
"Donc il y a six solutions possibles". (dixit Jaulin)

Mais il existe bel et bien une septième solution pour un taskin répondant à cette même structure de "tableaux carrés" de somme 24 : c'est la solution "fdfc" , représentée dans le tableau ci-dessous :
 
 

 

5, 6, 6, 7 (f)



5, 5, 6, 8 (d)



5, 6, 6, 7 (f)



4, 6, 7, 7 (c)

 









N.B. : On peut tout de suite vérifier que la solution "fdfc" ci-dessus est valide : composée de 4 tableaux carrés de figures de somme 24 et utilisant toutes les figures sans répétition, elle répond en effet aux critères formels, calqués sur le modèle du système au repos, choisis par R.Jaulin lui-même.
Le hasard veut que cette même solution "fdfc" non identifiée par Jaulin soit précisément l'une de celles que l'on retrouve dans un taskin réel, mentionné dans au moins un manuscrit oriental :
Ainsi le premier "taskin" du folio 5 v°. du Manuscrit BnF arabe 2697(*) répond à la structure que définit la séquence "fdfc":
 
ci-dessus : détail du ms. ar. 2697, f° 5v° ; taskin du haut du feuillet (sans le texte qui l'accompagne)
 

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7 pts

4 pts

7 pts

6 pts

6 pts

7 pts

6 pts

5 pts

5 pts

8 pts

5 pts

6 pts

6 pts

5 pts

6 pts

7 pts

4è. tableau carré: "c"

3è. tableau carré : "f"

2d tableau carré : "d"

1er tableau carré : "f"

 
N.B. : - Il est important de noter que si l'on intervertit l'ordre des figures à l'intérieur d'un même tableau carré, la "séquence correspondante" ne change pas selon la convention énoncée plus haut dans la note du tableau 2 (par définition ces séquences n'impliquent pas de notion d'ordre) : c'est peut-être précisément cette souplesse qui ouvre à la possibilité d'une typologie formelle des tasakin, dans l'idée d'une classification abstraite à compléter par une typologie fonctionnelle telle que préfigurée dans la géomancie d'Ahmad B. 'Ali Zunbul citée plus haut.


  

Outre cette séquence de solution "fdfc" non répertoriée par Jaulin, on trouve également dans ce même manuscrit :


 

 

(Cliquer l'image ci-dessous pour un agrandissement)

Copie du ms. bnf ar. 2697, détail f°2v° ;

le taskin du système au repos de Jaulin, répondant à la séquence "ecgb", est celui du bas de l'image.

(Relevé manuscrit fait d'après l'original ;

copyright Géomance Editions)

 

 

 
 
 

 

Cliquez sur l'image pour un agrandissement :

Copie du ms. ar. 2697, f°1v° ;

Le dernier taskin de ce folio réponds à la séquence "eegb": il est donc structurellement apparenté au système potentiel de Jaulin.

(copie manuelle d'après l'original/. Copyright geomance editions)

 

 
 
Pour aucune des quatre autres séquences "solution" identifiées par Jaulin je n'ai pu trouver de correspondance avec aucun des tasakin réels du moins dans l'échantillon de ceux dont j'ai eu connaîssance (la liste exhaustive des tasakin est loin d'être établie et même leur nombre exact, autour d'une soixantaine, reste inconnu).
 
 
 
 
ESSAI DE TYPOLOGIE FORMELLE
 
Le Manuscrit Arabe n°2631 de la Bibliothèque Nationale est, nous dit Paul Tannery (Le Rabolion, p.305), "un traité d'écriture maghrébine, bien nette et peu ancienne, sans date ni nom d'auteur. Il commence ainsi : Livre sur la science du raml qu'a apportée le prophète Idris, et sur ce qui lui est propre touchant les lettres, figures et formes dérivées, signes du Zodiaque, planètes et étoiles, heures, degrés et minutes..."_et de le décrire ensuite par le menu sur 6 pages, dont deux planches photo, jusqu'à la page 309...
 
(cliquez l'image ci-dessous pour en voir un agrandissement :)

 

 

Copie du Ms. ar. 2631,BnF Paris,f° 1v°.
 
Au folio 1 v° du ms 2631 (voir l'image ci-dessus), on trouve un taskin dont l'ordre est ensuite repris dans le détail pour une étude figure par figure, des folios 2r° à 9. Cette séquence de figures est exactement conforme à celle adopté pour les curseurs semi-circulaires de la tablette géomantique du British Museum(*), et cet isomorphisme est d'ailleurs déjà relevé par Marion B. Smith dans son article "The nature of Islamic geomancy with a critique of a structuralist approach"(note p.23). De plus comme ce taskin réponds à la même séquence "eegb" que celui évoqué à la fin du chapître précédant à propos du ms. ar. 2697 (dernier taskin du f°1v°), auquel il est donc structurellement apparenté, ainsi qu'au "système potentiel" de Jaulin.
 
(Cliquez sur l'image ci-dessous pour en voir un agrandissement)

 

 

Curseurs semi-circulaires de la tablette divinatoire du British Museum (Department of Oriental Antiquities, Inv. N° 1888.5-26.1)
 
Dans un article relatant ses observations faites au Soudan en 1902, Charles Monteil publie le fac-simile d'un feuillet comprenant cinq tasakin extraits d'un manuscrit attribué à Zénati. Le premier taskin répond donc à la séquence "ecgb" et n'est autre que celui utilisé dans la géomancie des Sara du Tchad et pris comme modèle par Jaulin pour son système au repos.
Ce même taskin est signalé également dans la géomancie Djabé chez les Foulbé du Nord-Cameroun (Encycl. de la divination - Tchou, 1966)
Il est également mentionné au bas du folio 2v° du ms. ar. 2697 de la BnF, où Tannery signale cet ordre fixe de figures (en sixième position du ms.) comme étant "spécialement placé sous le nom de Zénati"(Le Rabolion, 1920, p.310-311).
En se basant sur le commentaire de Zénati, Charles Monteil dresse un tableau des diverses correspondances astrologiques pour ce premier taskin.
Il en nomme les figures dans l'ordre du taskin, les associe aux maisons du thème en activité (en fonction de leur position dans le taskin), et précise leurs correspondances zodiacales et planétaires ou encore élémentaires.
 
(cliquez sur l'image ci-dessous pour en voir un agrandissement)

 

 

Texte du Cheikh Ez Zenati conservé par le marabout Ahmadou Gano, Djenné, Soudan français, 1902
(copie manuelle d'après la photo illustrant l'article de Charles Monteil, "La Divination chez les Noirs de l'A.O.F.", Bulletin du Comité d'études historiques et scientifiques de l'A.O.F., XIV, 1931, p.88-90. Geomance Editions)
Le deuxième taskin du document photographique de l'article de Charles Monteil n'est autre que celui du ms. ar. 2631, f°1v° que l'on retrouve également sur les curseurs semi-circulaires de la tablette géomantique du British Museum. Il répond donc à la séquence "eegb" que partagent avec lui le système potentiel de Jaulin, le taskin du folio 1 v° du ms 2631, et le dernier taskin du f°1v° du ms. ar. 2697 (tasakin déjà cités).
 
 


Grâce à l'analyse structurale de Jaulin on peut tenter d'établir une typologie formelle (ce que je viens je crois d'illustrer avec l'exemple du taslin précédent), quand bien même Jaulin écarte par avance la possibilité de pareille typologie, puisqu'il prévilégie semble-t'il un seul taskin ; il n'existerait pour lui qu'un seul modèle réellement opérationnel parmi les modèles formellement possibles ; par définition le modèle Sara du système au repos, lequel répond à la séquence "ecgd".


Pour une classification formelle des séquences fixes de figures je suggère d'une part l'utilisation de la catégorie "tasakin aux figures régulièrement distribuées par cadran" pour désigner l'ensemble des tasakin qui correspondraient à l'une des "séquences-solutions" issues de l'analyse formelle de R. Jaulin (je rappelle qu'il en existe 7 et non pas 6, et que parmi ces 7 solutions, trois seulement semblent être opérationnelles, c'est à dire correspondre à des séquences de figures effectivement rencontrées dans la réalité, les traités ou les pratiques des géomancies d'origine arabe). Chaque élément de cet ensemble serait alors baptisé "taskin régulier selon R. Jaulin". Tous les exemples évoqués précédament appartiennent donc à la famille des tasakin réguliers.


Parmi tous les autres tasakin, il est fréquent de trouver des séquences qui suivent une raison mathématique différente que celle d'une moyenne numérique de 24 par tableau carré. Je propose donc d'autre part de désigner l'ensemble de toutes les autres séquences fixes de 16 figures sans répétition (soit toutes celles dont la somme des figures de chacun des tableaux carrés est différente de 24) ; "tasakin aux figures irrégulièrement distribuées par cadran" (ce qui n'implique pas pour autant qu'ils soient informels, mais juste qu'ils suivent sans doûte d'autres modèles formels à découvrir, éventuellement selon une logique autre que purement mathématique, ainsi possiblement pour le taskin appelé "taskin des lettres"). Chaque élément appartenant à cet ensemble serait alors désigné comme "taskin irrégulier selon R. Jaulin".
 
Au début du ms. ar. 2697 on trouve, entre les folios 1v° à 7, 17 tasakin (sans compter les répétitions). Parmi ceux-ci on dénombre, outre 3 "tasakin réguliers" déja évoqués plus haut, 14 "tasakin irréguliers".


L'ensemble des "tasakin irréguliers" paraissant le plus riche ; il faudra sans doûte le subdiviser en sous ensembles classés selon une typologie fonctionnelle relative à l'usage pratique des tasakin, ou encore selon d'autres formalismes abstraits encore à découvrir, ou bien selon des critères communs plus intuitifs, ainsi par exemple l'idée de trier ceux-ci en sous-classes de "tasakin irréguliers commençant par la même figure". Une autre idée serait un classement regroupant les taskin analogues : je propose la classe "tasakin irréguliers hétérozygotes", celle-ci pourra être d'ordre 2, 4, ou même 6, selon le nombre de différences (ou figures permutées) ; une telle sous-classe serait aussi applicable aux quelques tasakin réguliers répondant déjà à une même structure de quadrans et visuellement très voisins, ou bien encore aux taskin répondant à une même structure mnémotechnique élémentaire [5] (selon Ali Zunbul , d'après l'article de Felix Klein Franke).


Pareille taxinomie des tasakin devrait pouvoir constituer le prologue d'une sorte de "dictionnaire des séquences fixes de figures géomantiques", à compléter et à améliorer d'un point de vue lexicographique, divinatoire, et fonctionnel. Ce sujet, particulièrement riche n'a-t'il pas déjà suscité chez Jaulin un ouvrage de deux volumes, et ce autour d'un seul taskin ?
 
Je vous propose maintenant d'étudier l'un de ces arrangements à ma connaîssance non encore publié;

 

 

le second arrangement de figures du folio 6 r°, ms. ar. 2697, BnF Paris ;
taskin "irrégulier" choisi à dessein pour ses propriétés de symétrie remarquables :

16è.

15è.

14è.

13è.

12è.

11è.

10è.

9è.

8è.

7è.

6è.

5è.

4è.

3è.

2è.

1è.

 

Pour les premiers et seconds échelons de chacune des figures de 1 à 16, on observe la même séquence répétée de tableau en tableau, donnant successivement pour chaque figure : "1 point et 2 points ; 2 points et 1 point ; 1 point et 1 point ; 2 points et 2 points ;".

 

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8 pts

4 pts

5 pts

5 pts

6 pts

5 pts

6 pts

6 pts

7 pts

5 pts

6 pts

6 pts

7 pts

6 pts

7 pts

7 pts

4è. tableau carré

3è. tableau carré

2d tableau carré

1er tableau carré


n-1


n



Pour les troisième et quatrième échelons, on observe la même structure rythmique cyclique, mais cette fois-ci selon une périodicité de 4 figures et selon un déphasage d'une figure par rapport aux quatre tableaux carré, soit une séquence décalée de -1 par rapport à l'origine n. Nous trouvons donc, en prenant la 16è position comme nouvelle origine (n-1), le shéma "2 point, 2 points" réitéré 4 fois (jusqu'à la troisième figure); suivi du shéma "1 point , 2 points" répété de la 4è à la 7è figure); du shéma "2 points, 1 point" (de la 8è à la 11è); du shéma "1 point, 1 point"(pour les 12è. à 15è. Fig.);



Par aileurs, on notera l'exacte similitude de ce second taskin du folio 6 r° du ms. ar. 2697 avec la séquence des tétragrammes du "commentaires des hexagrammes mélangés" de Zhu Xi (Chine, fin du XIIè.s.) ci-dessous :
 
(cliquez sur les images pour en voir les agrandissements :)

 

 

Commentaire des "Hexagrammes Mélangés" de Zhu Xi. Revue Hexagrammes, n°1, Cyrille J.-D. Javary, Centre Djohi, 1986, p.60. La numérotation arabe est bien sûr un rajout qui renvoie à l'ordre du taskin du ms. 2697, f°6. (copie manuelle Geomance Editions.)

Disposition circulaire du même diagramme de Zhu Xi, citée dans "La géomancie Chinoise"de Robert Ambelain, Robert Laffont, 1991, (p.18). La numérotation arabe est bien sûr un rajout qui renvoie à l'ordre du taskin du ms. 2697, f°6.(copie manuelle Geomance Editions)
La séquence des tétragrammes de Zhu Xi est générée (du bas vers le haut) à partir des "4 images" (ou bigrammes) que voici ( lues de droite à gauche ), reprises de Shao Yong (1011-1077) "Guanwu waipian" :

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1ère image ; 2ème image ;3ème image ; 4ème image ;

 

 

Les quatre premiers tétragrammes sont composés pour les 2 traits du bas par la première image et pour les 2 traits du haut par la succession des 4 images dans l'ordre 3, 4, 1, 2; les quatre tétragrammes suivants sont composés en bas de la seconde image et en haut de la succession des 4 images dans l'ordre 3, 4, 1, 2; et ainsi de suite...
La correspondance de la disposition linéaire de la séquence des tétragrammes de Zhu Xi (image ci-dessus, à gauche) avec le second taskin du folio 6 r° du ms. ar. 2697 est alors la suivante (avec cette convention qu'un trait Yang, impair, équivaut à un échelon de 1 point ; et qu'un trait Yin, pair, équivaut à un échelon de 2 points):
8 ; 9 ; 10 ; 11 ; 12 ; 13 ; 14 ; 15 ; (pour la première ligne, de la gauche vers la droite)
16 ;1 ; 2 ; 3 ; 4 ; 5 ; 6 ; 7 ; (pour la seconde ligne, de la gauche vers la droite)

 

16

1

2

3

4

5

6

7

8

9

10

11

12

13

14

15

 

 

 

 
 
Une fois récapitulé de 1 à 16 (et inversé de la droite vers la gauche), on retrouve bien le taskin point de départ de notre comparaison ;

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...dont le shéma générateur pour les 1er et 2ème échelons obéit à la séquence cyclique (inverse) des quatres images (avec en plus un déphasage de une image) ;

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  3è. ; 2de; 1è ; 4ème image;
 
...de même que celui des 3ème et 4ème échelon (mais sans déphasage avec le cycle des 4 images selon Zhu Xi);

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  4è. ; 3è.; 2de ; 1ère image;
 
On notera également que ce taskin est décalé de une figure par rapport à son modèle chinois ; il débute par la figure feu (selon la convention d'Ali Zunbul), et obéit à la rêgle mnémotechnique " 1, 2, 4, 8 " (pour l'ordre des figures élémentaires).

 

N.B : Un même cycle (de 16 figures) peut être représenté par 16 arrangements ; soit, avec en plus le cycle inverse, 32 arrangements. Il y a donc 1 chance sur environ six cent milliards (!16/32) pour que le choix de ce taskin soit le pur effet du hasard...

 

 
La présence de pareil taskin dans un manuscrit du XVè.s. s'explique probablement par un emprunt du chinois, soit à l'oeuvre de Shao Yong (1011-1077), ou bien à celle de Zhu Xi (Tchou Hi, 1130-1200 AD).
De fait un tel passage de concepts vers la science arabe est attesté au XIVè.s., ainsi pour les traités de médecine chinoise traduits par le médecin persan Hamdani 1247-1318 [6]).

Outre ce second arrangement de figures du folio 6 r° du ms. ar. 2697, si longuement évoqué tant pour son ordonnancement remarquable (bienque "taskin irrégulier") que pour sa combinatoire typique d'un apport chinois, la pluspart des autres "tasakin" ou arrangements fixes du jeu complet des 16 figures géomantique paraîssent répondre à d'autres structures mathématiques(*) que celle privilégiée par R. Jaulin (soit pour lui la formule "ecgd" comme modèle privilégié du "système au repos"), qu'il affirme néanmoins être universelle. Même si le taskin de Zénati choisi par Jaulin (et utilisé par les géomanciens Sara du Tchad) semble effectivement commun à la pluspart des géomancies d'origine arabe, ce taskin ne sauraît être le modèle universel de tous les autres tasakin dont la diversité est grande, ni même résumer à lui seul le prototype de la géomancie arabe (en effet, même en restreignant celle-ci à l'influence, considérable il est vrai, de Zénati, la tradition semble retenir de lui plusieurs tasakin différents, tous dits de Zénati...). Par ailleurs, la raison de la diversité des tasakin est fonctionnelle ; chaque taskin serait spécifique d'un type de question divinatoire ; et les traités arabes sont tous unanimes sur ce point (comme le note Marion B. Smith ): de là leur très grande hétérogénéïté.
Le taskin détermine t'il l'invention d'un nouveau domaine de questions ou bien telle question détermine-t'elle la génèse d'un taskin ? En l'occurence, un taskin d'emprunt chinois ferait plutôt pencher la balance vers la première hypothèse...
 
N.B. : Dans les traités latins, les "taskin" ne sont pas nommément cités, pourtant c'est bien leur ordre qui structure le texte oraculaire : l'oracle pouvant être ainsi être tour à tour favorable ou défavorable selon la question pour une même figure dans la même position du thème, en fonction du type de question. Implicitement ces "taskin" sont donc implémentés dans la structure du texte oraculaire. Il serait donc possible en théorie, de les reconstituer à partir de l'analyse des textes oraculaire des traductions occidentales ou orientales (latines ou byzantines) et mêmes de leurs versions plus tardives en langues vulgaires (à partir du XIIIè. siècle en occitan, mais sinon principalement au XVIè.s.) ou de leurs adaptations modernes (ainsi celle du De geomantia de Robert Fludd traduit par P.V. Piobb, ou bien ma propre adaptation, déja publiée sur cette page, du livre II du traité de Cattan, lesquelles comporte les sentences oraculaires des figures, classées selon leurs occurence dans chacune des maisons du thème).




En effet chaque "taskin" devrait répondre à une même structure commune qui, selon Jaulin, est caractérisée par une répartition symétrique par cadran du nombre total de points (96) des 16 figures, ainsi équitablement distribuées selon "4 tableaux carrés de somme 24" (24 étant la moyenne). Si cette propriété mathématiques est bien l'une des propriétés remarquables du "taskin" de référence qu'il a isolé, elle n'est malheureusement pas généralisable qux autres "tasakin", dont presque aucun des autres taskin ne suit cette propriété qui aurait permis de dresser une typologie structurale.


Par contre, certains "tasakin" semblent être dotés d'autres propriétés mathématiques singulières, spécifiques (peut-être bien est-ce le cas pour tous les "tasakin" pris individuellement), qui mériteraient le même type d'approche structurelle que celle inaugurée par Jaulin pour son "taskin" de référence : le champ d'étude à explorer est immense.
 
 
CONCLUSION
 

Le nombre d'observations sur les pratiques géomantiques oralement transmises, notamment concernant afrique, est considérable dès la fin du XIXè.s. et juqu'à la fin de la période coloniale. Parmi ces relations de voyage, mémoires, communications à des sociétés savantes (société des africanistes, etc.), études et articles, certaines des plus anciennes sont fort éloignées de la précision des critères ethnométhodologique préconisés au début du XXè.s. par Marcel Mauss pour l'étude des pratique magiques et divinatoires dans leur contexte culturel natif. Quand bien même seraient-elles la seule trace de pratiques parfois éteintes depuis, elles ne sont souvent que le recueil indirectement de rumeurs ou d'affabulations, récoltées sans méthode auprès d'informateurs peu fiables, et donc malheureusement souvent difficilement exploitables. Mais l'inverse existe aussi, quand le style élaboré et la précision descriptive de tel écrivain voyageur, permettent
de valider certaines des observations, et d'en tirer par recoupement des informations d'une portée considérable, d'autant plus précieuses qu'il s'agira de témoignages historiques uniques, datés et localisés, sur des traditions orales qui ont pû depuis se modifier ou s'éteindre...


Un autre problème concerne l'établissement des textes. Ainsi pour l'oeuvre de Zénati (XIIè.s. ?), auteur de deux traités géomantiques distincts, le texte est loin d'être établi. Son nom, traditionnellement associé à plusieurs tasakin cités de façon récurente, viendra cautionner de son autorité toutes les géomancies ultérieures. Comme l'atteste Anne Regourd dans son article des Annales Islamologiques(*), la profusion considérables des manuscrits attribués à Zénati nécessiterait pour le moins une édition critique, malaisée à établir à partir de copies tardives ou difficilement datables, sinon d'attribution douteuse, tandis que les multiples version lithographiées ou typographiées au Caire depuis le XIXè.s. différent non seulement entre elles mais aussi d'avec la pluspart des manuscrits....
 
(copyright Geomance Editions)
 
 
 
 
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