SOMMAIRE

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  • §.............Introduction

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  • I.............Dimension rationnelle

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  • II...........Dimension irrationnelle

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  • III.........Dualisme ou logique modale ?

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  • IV...........Livre des changements et métamorphoses de l'écrit

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  • V............Une structure structurante

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  • VI...........Les débuts du rationalisme divinatoire dans l'antiquité chinoise

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  • VII.........Le Yi King augure-t'il d'un nouveau paradigme du changement ?


    IV. - Livre des Changements et métamorphoses de l'écrit.

    L'invention de l'écriture et la naissance de la pensée chinoise se confondent dans le même creuset alchimique de la genèse du Yi King. De récentes découvertes archéologiques ont révélé qu'il était l'héritier des oracles du passé, prêtres sorciers connectés au monde des esprits, inventeurs de l'écriture pictographique dite jiaguwen, (nom désignant aussi les supports d'os gravés de cette proto-écriture pal&eographique, composée à l'origine d'une trentaine de signes).

    Les origines couplées du Yi king et de l'écriture infirment les mythes fondateurs de la civilisation agraire chinoise, qui désignent l'Empereur Jaune comme seul inventeur de l'agriculture et de l'écriture. Cela leur confère néanmoins un effet de vérité descriptive ; celle d'une sublime métaphore condensant en une seule image, simplifiée, caricaturale, l'idée essentielle d'un cursus historique complexe, qui réside dans ce couplage inattendu entre agriculture et écriture. C'est également sur ce procédé que semblent fonctionner les images (xiang) du Yi King...

    Comment concilier cette antinomie rationnel/irrationnel ? En interrogeant la nature du Yi King au travers de son histoire spécifique comme nous venons de l'esquisser, en examinant le texte de l'intérieur, et en confrontant notre regard sur le réel au regard originel des premiers hommes, signataires des sentences oraculaires antiques (jiaguwen) littéralement reprises dans le texte actuel...

    V. - Une structure structurante

    Il est banal de constater que la version canonique du Yi King s'apparente à un hypertexte.

    Les hexagrammes représentent le tronc originel d'une arborescence de commentaires greffés a postériori et sur plusieurs époques, réalisant 64 tableaux structurés sur le même plan.

    La lecture peut se faire selon l'ordre séquenciel des 64 hexagrammes du livre, ou bien suivant un scénario interractif proposé par le tirage divinatoire ou dicté par la modélisation d'un processus...

    Bien plus qu'un simple canevas, son synopsis est auto-structurant, à la fois autoréfétent et ouvert sur l'extérieur, isomorphe au réel, à ses dynamismes fondamentaux qui en sous-tendent les métamorphoses, et qu'il est par conséquent capable de modéliser.

    Avec le Yi King, c'est comme si deux niveaux de réalité s'enchevêtraient : une logique interne basée sur l'interaction mutuelle des hexagrammes, et une logique descriptive du monde. Son pouvoir intégrateur de modèle est sous-tendu par cette structure interne repliée sur elle-mème telle un hologramme ou comme ces fleurs de papier japonaises au savant pliage, qui une fois plongées dans l'eau, ne demandent qu'à se déployer...

    Le Yi King est en soi une somme des catégorie de la connaissance, un index analogique universel capable de fédérer toutes les connaissances sous le champ du sens, comme ces anciennes encyclopédies chinoises au classement analogique. Grâce à la structure hypertexte potentielle du livre, une séquence divinatoire se comporte en scénario interactif, et la polysémie de ses images poétiques imprime à l'interprétation un sens frais et ouvert qui outrepasse le cadre, pourtant déjà extrêmement fécond, des sciences cognitives...

    De fait, le Yi King ne saurait être réduit à un point de vue cognitiviste. Les racines ancestrales de son synopsis situent la "structure absolue" du Yi King, dans une dimension intertextuelle, constellation de sens qui prélude à la première intervention de l'écrit, accompagne et parachève l'évolution du texte lui-même...

    VI. - Les débuts du rationalisme divinatoire dans l'antiquité chinoise

    Les ancêtres des hommes de l'âge du bronze cherchaient à faire alliance avec les dieux en offrant en holocauste des biens précieux comme des animaux, voire peut être même aussi des esclaves. On suppose que constatant après coup l'état plus ou moins bien consumé des victimes sacrificielles, ils y virent un signe de l'acceptation du sacrifice rituel.

    Par la suite, cherchant à améliorer l'efficacité d'un sacrifice propitiatoire, les chamanes qui questionnaient les esprits tutélaires du ciel et de la terre cherchèrent à connaître préalablement la disposition des dieux pour s'assurer par avance du moment propice de celui-ci, grâce à l'opération de brûlage d'une carapace de tortue, d'un os de bovidé ou d'une omoplate de mouton et à la lecture des traces provoquées par le feu.

    Selon l'aspect droit ou oblique (prototype des catégories Yin et Yang) des fissures divinatoires provoquées à l'aide d'un fer rouge, l'oracle était favorable ou défavorable, et l'oracle consignait alors à même l'os, en regard de ces fissures, questions et réponses.

    L'emploi des os divinatoires se généralisa, et la technique se perfectionna pour permettre l'interprétation la moins ambiguë possible, jusqu'à un stade très sophistiqué (Cf Vandermesh), en même temps qu'il se généralisa à des questions plus profanes ; celles pour lesquelles mieux valait se concilier les dieux ou se conformer à l'avis des ancêtres ; sur l'occurence des événements les plus graves, sur la justesse d'une décision touchant à la survie du clan...

    Ainsi les augures portaient-t'il fréquemment sur la météorologique, vitale pour les récoltes (Pleuvra-t'il ? Ne pleuvra-t'il pas), ou encore sur le moment propice à la guerre ou la chasse...

    Ces os divinatoires considérés comme sacrés, furent soigneusement archivées dans des caches souterraines. Hors, ces "jiaguwen", exhumés par milliers depuis près d'un siècle, comportent déjà certaines formules oraculaires spécifiques de l'actuel Yi King...

    Dans les années 80 lors de fouilles sur le site de Ma Huang Dui (Mawangdui) intervient la découverte inattendue d'un ensemble de plusieurs tombes dont celle de la marquise de Daï, laquelle a emporté avec elle par delà la mort une bibliothèque dans laquelle les archéologues ont la surprise de découvrir, outre des variantes de textes connus, des textes inédits ou perdus, parmi lesquels figure un manuscrit sur soie de la plus ancienne version du Yi King connue à ce jour, véritable chaînon manquant venant confirmer l'hypothèse de la plus haute antiquité de celui-ci, et d'une origine qui se confond avec l'invention de premiers signes écrits, pictogrammes et paléogrammes à usage divinatoire, empreintes originelles de la langue chinoise primordiale...

    VII. - Le Yi King augure-t'il d'un nouveau paradigme du changement ?

    A notre insu, notre division disciplinaire du savoir est adéquate à une logique aristotélicienne, conforme à une vision du monde segmentaire, disjonctive, positiviste, rationaliste. Cette lacune conjuguée à la démagogie de ceux supposés savoir, rend peu probable le dépassement d'une crise verrouillée par une pensée autoréférentielle qui dénie, avec un aplomb totalitaire, tout signe de sa propre limitation, et réfute en ce qui la concerne, le besoin d'un quelconque doute suspensif cartésien...

    Sortir de cette impasse "épistémologique", c'est révéler cette ignorance qui s'ignore par une prise de conscience salutaire, au miroir divinatoire d'un magique caducée.

    Précisément le Yi King, de par son exotisme et son altérité parfaite, représente l'exoréférence propice à pareil détour réflexif. Son système de pensée écosystémique, naturellement familier avec les notions de crise, de transition, d'opposition, de complémentarité, d'interdépendance, de juste milieu, d'ouverture et de fermeture, d'interaction dans l'ordre naturel comme dans l'ordre culturel, social, et politique, peut permettre une prise de distance apte à contourner l'obstacle de la complexité... Puisque la crise mondiale parait couplée à l'immobilisme d'une pensée unique, figée et dogmatique, la révolution circulaire du changement sera-t'elle apte à remettre en branle l'idéal des lumières ?...



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