Furetière (Dictionnaire universel, 1687 Amsterdam) :
articles Géomance, Géomancien, Figure.

 


 

GEOMANCE. f. f. Efpece de divination, qui fe fait par le moyen de plufieurs petits points qu'on marque fur un papier au hafard, & fans les compter : car fur les diverfes figures qu'on tire du nombre pair ou impair dont les lignes font compofées, on pretend fonder un jugement de l'avenir , & décider de l'évênement de toute queftion propofée. Voyez FIGURE. Il n'y a rien de plus vain que l'art de la Géomance. Quelques-uns difent Géomancie, Robert Flud, quoyque d'ailleurs habile homme, s'eft laiffé infatuer de la Géomance, dont il a fait un gros Traitté. La Géomance de Cardan(*) eft la plus fameufe de toutes les Géomances. Ce mot vient du Grec gé, terre, & de manteia, divination : c'eft-a-dire, Divination par le moyen de la terre ; car autrefois on fe fervoit de petits caillous, qu'on jettoit fur terre au hazard. Au lieu qu'a préfent on fe fert de points.

 

(*) N.B. : le nom de "Cardan" est sans doûte mentionné par erreur. Il doit vraissemblablement s'agir de Cattan, originaire de la ville italienne de Gènes. Son traité "La géomance de Cattan, gentilhomme genevois" maintes fois réédité entre 1558 et 1576, tant à Paris qu'à Lyon, aura même fait l'objet d'une édition en anglais au tout début du XVIIè.s. (The Geomancie of Maifter Christopher Cattan Gentleman., Translated out of French into our English tongue : by Francis Sparry, London, 1608]
Par ailleurs cette phrase _ici surlignée en bleu_ avec la mention d'une géomancie imprimée, disparaîtra entièrement de l'édition suivante du Dictionnaire Universel de Furetière (1690, La Haye et Roterdam).

 


 

GEOMANCIEN. f m. Celui qui fcait la Géomance, ou qui en a écrit. L'ltalie a eu de fameux Géomanciens.

 


 

FIGURE, en temes de Geomance, fe dit des points, lignes ou nombres qui ont été jettez ou faits au hazard, fur la combination ou variation defquels les Geomantiens fondent leurs fantaftiques(*) divinations. On fe fert du mot de figure en deux occasions dans la Géomance. On appelle figure proprement & en premier lieu, un certain affemblage de points rangez en quatre lignes, qui felon qu'ils sont pairs ou nom pairs, compofent diverfes figures. La maniere de tirer ces points eft diverfe. On fe fert de dez ou de quelques autres corps reguliers, dont les côtez font marquez de points, Quand on amene un nombre impair, on marque un point ; quand on amene un nombre pair, on marque deux points. Après avoir jetté quatre fois le dé, on a une figure : par exemple, fi du premier coup on amene un nombre impair, du fecond un pair, du troifiéme encore un pair, & du quatrième un impair, on a cette figure qu'on appelle Prison.

On ne peut tirer de cette maniere que seize figures diverses qui font toute l'étendue de cette vaine fcience. On tire auffi ces figures en traçant fur le papier au hazard & en penfant à autre chofe, quatre lignes de points en allant de droit a gauche, & donnant à ces lignes diverfes longueurs, pour reprefenter les quatre doigts de la main, fans y comprendre le pouce. Il est effentiel de ne compter pas les points en les tracant ; mais on les compte quand les lignes font tracées ; & fi leur nombre est impair, on marque un point : s'il eft pair, on en marque deux. On obferve que la plus courte des lignes ait au moins vingt points & au de là. De cette maniere on tire les figures au même nombre que par la precedente. En fecond lieu on appelle figure, l'affemblage de plusieurs de ces figures primitives, qu'on range dans un certain ordre, pour former les jugemens. Cette figure eft une efpece de Thême ou de Tableau, qui eft compofé de quinze figures. On ne tire ou par le fort ou par les lignes de points que les quatre premieres, d'où on tire apres cela les onze autres, à caufe de quoi ces quatre figures font appellées Meres. Pour former les quatre fuivantes, qu'on appelle Filles, on prend le point fuperieur de chacune des Meres, & les rangeant par ordre de haut en bas, on fait la premiere Fille. Du fecond point de chacune des Meres, on forme la feconde Fille, en gardant la même regle ; du troifiéme point la troifiéme ; du quatriéme la quatriéme. On procede en tout cela de droit à gauche, & pour avoir des termes a expliquer ces myfteres, on appelle le point fuperieur, la Tête ; celui qui eft immediatement au deffous, la Poitrine ; le troifiéme le Ventre, & le dernier les Jambes. De ces huit figures on en tire quatre autres, qu'on appelle Niêces ou Petites-Filles. On ajoute la Tête des deux premieres Meres l'une à l'autre, la Poitrine à la Poitrine, le Ventre au Ventre, &c. Si la forme de chaque addition eft un nombre pair, on marque deux points, s'il eft impair, on n'en marque qu'un. Ainfi on tire de ces deux Meres, la premiere Niêce, des deux autres Meres, la feconde : des deux premieres Filles, la troifiéme, & des deux dernieres, la quatriéme. De ces quatre Niêces on tire deux Figures qu'on apelle Temoins. On les fait de la même maniere que des Meres & des Filles on a tiré les Niêces : & de la même maniere encore en accouplant les membres des Temoins, on tire la quinzieme Figure qu'on appelle Juge. De forte que toute la Figure generale dépend des quatre Meres. Pour dreffer cette Figure generale, on met les quatre Meres avec les quatre Filles au haut fur la même ligne ; mettant les Meres à droite, & allant ainsi de droite a gauche, de la premiere à la feconde, &c. On met les quatre Niêces en telle forte que les deux premieres foient fous les deux dernieres Meres, & les deux autres fous les deux premieres Filles. Les deux Temoins fe placent fous les Niêces juftement au milieu ; le premier a gauche ; & le Juge fous les deux Temoins. Voilà ce que c'eft que figure en termes de Géomance. Cette abfurde maniere de deviner, ne laiffe pas d'être un jeu fort divertissant, quand on veut rire aux depens de quelque perfonne credule. Voici à peu près la forme du Thême & l'exemple de quelques figures.

 

      Meres   Filles         X   |   X X   |   X X
        oooo     oooo       X   |   X X   |     X
Nieces   oo oo             X   |   X X   |   X X
          Te- o o moins     X   |   XX   |     X
        Juge   o         Chemin. Peuple. Gain.

 

(*) jusqu'au XVIIè s. fantastique a signifié fantasque, chimérique, imaginaire,.
(dict. étymologique de Bloch & Wartburg, PUF)

 

N.B. : Seule la première phrase de cet article Figure("en termes de géomance") sera encore présente dans l'édition de 1690, La Haye et Roterdam(*), du Dictionnaire universel de Furetière

(*) Édition utilisée dans la version électronique des "Dictionnaires des XVIè et XVIIè siècles", Champion électronique,1999 (CDROM)

 



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